TRANSITION : Passage graduel d'un état, ou d'un ordre, à un autre.

Voici un mot qui est entré récemment dans notre vocabulaire d'usage. Auparavant, c'était un mot de spécialistes, comme les chimistes (pour définir les métaux de transition, pas encore vraiment des métaux mais avec des propriétés métalliques), les physiciens (quand un électron fait sa transition, il passe d'un niveau énergétique à un autre) ou les musiciens (pour définir le passage d'un mode, ou d'un ton, à un autre, au cours de la partition*).

Aujourd'hui, on parle communément de transition énergétique, ou écologique, en lien avec la prise en compte du réchauffement climatique et la diminution des réserves pétrolières.

Notre mode de consommation use à l'excès les ressources naturelles et les épuise avant que notre environnement ne parvienne à les renouveler : de nombreuses espèces et matières premières sont en voie de disparition. Ou alors, ce mode de consommation transforme les ressources d'une façon incompatible avec l'équilibre naturel : ainsi la combustion des matières fossiles les transforme en CO2 qui, dispersé dans l'atmosphère, accroit l'effet de serre et réchauffe notre planète.

C'est le propre de l'homme que d'évoluer à un rythme plus rapide que celui de l'évolution naturelle. Toutes les autres espèces animales évoluent, génération après génération, pour s'adapter aux contraintes de leur environnement, au rythme de la sélection naturelle. L'homme, lui, adapte l'environnement au rythme de ses besoins. Aucune autre espèce n'a le loisir de vivre le changement à l'échelle de la vie d'un de ses individus. Or nos générations actuellement en vie ont connu des évolutions majeures, sur le plan de leur mobilité, de leur nourriture, de leur santé, de leur habitat, de leur communication...

Pour nous, ces évolutions sont définitivement acquises, un peu comme un ornithorynque considère son bec de canard, sa queue de castor et ses pattes palmées comme faisant partie des moyens acquis par son espèce pour s'alimenter et se déplacer de façon optimale. Or, si l'ornithorynque a raison, nous avons tort. L'agriculture intensive et la grande distribution n'ont pas été inventées par notre espèce pour s'adapter à la nécessité de se nourrir dans notre environnement propre. L'automobile n'a pas non plus été inventée pour faire face à une nécessité vitale de déplacement. Toutes ces évolutions sont le fruit d'inventions de confort, pour la vie de tous les jours et pour la fortune de quelques privilégiés, qui vendent les ressources naturelles au prétexte qu'ils sont propriétaires des terres sur lesquelles elles se trouvent.

Les limites de cette évolution sont aujourd'hui visibles : l'exploitation de la nature au profit des besoins des hommes entraîne, au delà d'un certain seuil, un risque pour sa survie. Ce qui est à l'opposé des résultats de l'évolution naturelle.

La transition, dans son sens actuel courant, est l'évolution que l'homme doit engager pour que l'exploitation qu'il fait des ressources naturelles soit suffisamment limitée pour revenir en deçà du seuil qui met l'espèce en danger.

Les progrès techniques et économiques ont été si rapides en à peine 2 siècles, qu'une transition apparait, à l'échelle de l'espèce humaine, comme une micro-seconde de changement sur les 70 000 années d'âge de l'Homo Sapiens Sapiens (l'homme moderne).

Hélas, à l'échelle de notre vie d'homo economicus, égoïste et pétri de confort, la transition apparait comme un renoncement impensable pour la majorité des individus. Les 10% qui ont la chance de vivre dans un univers qui satisfait non seulement leurs besoins, mais aussi toutes leurs envies, sont attachés à ce mode de vie. Les 90% autres lorgnent sur les premiers, et n'ont de cesse de vouloir accéder à leurs privilèges, parfois au prix de leur vie.

Cet attachement aux habitudes génératrices de confort des uns, et la convoitise des autres, entrainent l'aveuglement qui met notre espèce en danger. Danger d'ordre climatique si rien ne change dans nos attitudes. Danger d'ordre conflictuel si, d'une façon ou d'une autre, l'adaptation ne se fait pas par la volonté de chacun de nous, mais par la lutte pour le partage des ressources restant disponibles.

On a tout à gagner à engager, chacun à son échelle, sa propre transition. Revoir ses habitudes, redéfinir ses besoins, réorienter ses envies. Il y a tant de belles choses à vivre qui ne coûtent rien à personne (les relations humaines, l'art et la musique, la culture de son jardin, qu'il soit potager ou secret, que sais-je encore...? )

Et ainsi agir concrètement pour, plutôt que de leur brûler, adoucir l'avenir des générations qui suivront. En prenant en main le nouveau sens du mot,

TRANSITION : Passage graduel et volontaire d'un mode de vie à un autre.

 

* Pour parler de ce que je connais, quand on chante une partition de Monteverdi, ou (pire) de Gesualdo, la transition est parfois l'objet d'un sévère apprentissage, mais quel plaisir au bout...

Retour à l'accueil